La moitié des ménages français est à découvert au moins une fois par an. Les banques doivent pouvoir tarifer correctement le risque, quel que soit le niveau d'endettement de l'emprunteur. Explications de Frédéric Cherbonnier.
Dans la cacophonie des débats parlementaires, un sujet a brièvement été monté en épingle : le gouvernement interdirait les découverts bancaires autorisés ! Affirmation mensongère à propos de la simple transposition d'une directive européenne votée à la quasi-unanimité par les eurodéputés, y compris par La France insoumise à l'origine de cette rumeur. Il ne s'agissait que d'étendre aux petits découverts les règles s'appliquant aux crédits à la consommation et aux découverts de plus de 200 euros afin de responsabiliser davantage les banques et de mieux protéger l'usager.
La question de l'endettement des ménages mériterait d'être traitée avec plus de sérieux. Concernant le sujet évoqué, la moitié des ménages français est à découvert au moins une fois par an et près d'un tiers d'entre eux dépasse son autorisation de découvert. Ils payent alors un taux d'intérêt (les fameux "agios") souvent majoré d'une série de montants forfaitaires. Cela a fait débat dans les années 2010, certaines études montrant qu'au moins 20 % voire 30 % du profit de la banque de détail proviendraient de ces frais. Un niveau choquant qui a conduit à la promulgation d'une loi en 2013 plafonnant ces montants.
Le débat bloqué des fichiers positifs
La situation s'est améliorée, mais les niveaux autorisés pour les ménages les plus fragiles restent anormalement élevés (4 euros par opération, 20 euros par mois) au regard du coût réel pour les banques (quasi nul). La comparaison avec l'Allemagne est parlante : aucun frais fixe n'y est facturé pour des interventions à la suite d'un incident de paiement. Or la part des dépenses dites pré-engagées donnant lieu à des prélèvements automatiques (loyers, assurance, abonnement téléphonique…) dépasse aujourd'hui 40 % du revenu des ménages modestes et est susceptible de conduire à de tels incidents. Ces considérations pourraient nourrir un débat politique constructif. Il n'en est rien.
Une question liée, celle du surendettement, devrait également faire débat. Sa gestion en France est unique au monde par trois aspects : une approche administrative plutôt que judiciaire, un plafonnement des taux d'intérêt de tous les crédits par un taux d'usure (et non uniquement sur les prêts à très court terme comme dans les pays anglo-saxons) et l'interdiction de tout fichier renseignant sur les crédits en cours (dit « positif » par opposition aux fichiers « négatifs » des incidents de paiement).
Sur le premier point, la Commission de surendettement permet sans doute de mieux traiter et à moindre coût le surendettement des ménages fragiles. Sur le second point, plafonner le taux d'intérêt des crédits à la consommation limite l'effet boule de neige (lorsque l'emprunteur doit à nouveau emprunter pour honorer ses remboursements) mais rend le crédit moins cher donc plus attractif. Dans un travail en cours de publication, je montre que ce second effet tend à l'emporter: le taux d'usure pourrait paradoxalement accroître le phénomène de surendettement!
Il faut laisser les banques tarifer correctement le risque. Cette question est indissociable du troisième point évoqué: le fichier positif. La majorité des ménages surendettés en France a contracté plusieurs crédits à la consommation auprès d'établissements distincts. Sans cette information, les banques ne peuvent ni estimer le risque ni refuser un prêt en cas d'endettement excessif. Un fichier positif responsabiliserait les banques qui ne pourront prétendre ignorer la situation réelle de leurs clients.
Ce débat semble durablement bloqué en France. Les associations de consommateurs invoquent naïvement le fait que les accidents de la vie (chômage, divorce) sont la cause principale du surendettement. Comme si celui-ci était une fatalité! Combien de drames auraient pu être évités si une personne perdant son emploi réussissait à adapter son train de vie, plutôt que de compenser la diminution de son revenu par des crédits? Et les banques redoutent cette mesure de transparence qui renforcerait la concurrence sur le marché lucratif des crédits à la consommation.
Article publié dans Les Echos n°24591, le 18 novembre 2025
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