Article paru dans Challenges, le mardi 4 février 2025
EDITORIAL - Juger notre système de retraites à l’aune du seul équilibre recettes/dépenses de la Sécurité sociale est très inapproprié, selon l’économiste Christian Grollier, qui recommande d’ajouter dans notre système par répartition un mécanisme plus incitatif.
La richesse des nations dépend de nombreux facteurs dont le travail est évidemment un élément essentiel. Songeons qu’en 2024, chaque heure travaillée en France a produit en moyenne 97 euros de richesse nationale. Elle permet de financer le pouvoir d’achat du travailleur, mais aussi nos hôpitaux, nos écoles, notre défense, notre police, notre justice et bien d’autres choses encore. Or 13,4 % de cette richesse, soit 382 milliards d’euros en 2023, est consacré au pouvoir d’achat des retraités. Juger notre système de retraites à l’aune du seul équilibre recettes/dépenses de la Sécurité sociale est donc très inapproprié.
Comme on ne peut distribuer que la richesse que l’on crée, ce dossier soulève la question du bon arbitrage entre revenu et loisir. Ce sujet est par nature très personnel. Il est clair que notre communauté nationale est très hétérogène sur la valeur relative que nous accordons au temps pour soi par rapport au pouvoir d’achat. Certains se voient très bien partir tard à la retraite pour une pension plus élevée, tandis que d’autres ne peuvent l’imaginer. Il n’y a pas de jugement moral à porter. La difficulté provient des extraordinaires subventions, plus ou moins transparentes, qui prévalent dans notre système de retraites par répartition, et qui faussent une juste appréciation des choix. La solidarité organisée par notre système se traduit par une trop faible incitation à rester au travail au-delà de 60 ans...
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Illustration : Photo de Marc Najera sur Unsplash



