Affaire McKinsey : derrière le coup politique, de vraies questions

April 15, 2022 Politiques publiques

Article paru dans Les Echos, le 7 avril 2022

L'affaire McKinsey est tombée opportunément en pleine campagne présidentielle, souligne Frédéric Cherbonnier. Mais au-delà de la manoeuvre politique, le rapport sénatorial à l'origine du scandale pose de bonnes questions et invite à considérer l'ensemble des compétences dont dispose l'administration publique, y compris universitaires.

Le rapport sénatorial à l'origine de l'affaire McKinsey tient avant tout du coup politique. Principal argument mis en avant : la hausse des dépenses de prestations de conseil des ministères, multipliées par 2,4 depuis 2018 pour atteindre près de 0,9 milliard d'euros en 2021. Mais on trouve des comparaisons internationales dans le rapport relativisant la situation : en 2018, l'Allemagne et le Royaume-Uni dépensaient six ou sept fois plus que la France en proportion des dépenses publiques. Faute d'analyses approfondies, les sénateurs se contentent d'émettre des hypothèses, notamment selon lesquelles les consultants décideraient de la politique publique en lieu et place des élus et des administrations, insinuations populistes très opportunes à la veille des élections présidentielles.

Le rapport aborde toutefois de vraies questions : l'appel à ces expertises externes est-il justifié, donne-t-il de bons résultats, induit-il un biais dans les décisions publiques ? Les consultants ne décident pas des orientations des politiques publiques, contrairement à ce qu'ont véhiculé certains médias. Celles-ci partent heureusement davantage d'une réflexion de fond parfois sous-tendue par des travaux universitaires. Ainsi, le recentrage des aides au logement procède du constat selon lequel celles-ci ont un effet inflationniste sur les loyers, et tombent dans la poche des propriétaires des logements, et non dans celles des locataires qu'elles sont supposées aider.

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Illustration : Photo by Sean Pollock on Unsplash