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Conférence en économie postale 2026

Publié le 9 juin 2026

Visuel conférence postale 2026
@ Adobe Stock/Babb

Le Groupe La Poste et TSE ont co-organisé, les 16 et 17 avril dernier, une nouvelle édition de la conférence internationale d’économie postale sur l’e-commerce, l’économie numérique et les services de livraison. Cet événement s’inscrit dans le partenariat de recherche qui lie Le Groupe La Poste et TSE depuis 1993.

Au cours de ces deux journées, qui ont réuni environ 70 participants, sept sessions thématiques ont permis de présenter 22 papiers de recherche. Les travaux sélectionnés portaient à la fois sur des thématiques spécifiquement postales — telles que l’organisation des tournées, l’impact des frais terminaux sur les flux postaux internationaux, ou encore la diversification des activités des opérateurs et les questions qu’elle peut soulever au regard du droit de la concurrence — et sur des sujets liés au numérique et à l’intelligence artificielle, notamment le commerce électronique et la souveraineté numérique. La conférence a accueilli des intervenants affiliés à un large éventail d’institutions académiques — universités et centres de recherche, principalement européens mais aussi nord-américains — ainsi qu’au Groupe La Poste et à diverses organisations publiques, parmi lesquelles le Joint Research Centre de la Commission européenne, la Banque du Canada, des organismes de régulation et des institutions sectorielles. Cette diversité d’affiliations a enrichi les échanges en croisant perspectives académiques et approches opérationnelles.

Parmi les temps forts de la conférence figuraient deux interventions en séance plénière, données par Giacomo Calzolari (European University Institute) et Marcel Boyer (Université de Montréal et membre associé à TSE). Elles étaient consacrées respectivement à l’intelligence artificielle et à la concurrence, d’une part, et à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises face aux défis de l’innovation technologique, en particulier de l’IA, d’autre part. Nous en proposons ci-après un résumé synthétique.

Nous remercions chaleureusement l’ensemble des intervenants, ainsi que les organisateurs de la conférence : Claire Borsenberger (Responsable du Département Doctrine et Modélisation à la Direction de la Régulation et des Études du Groupe La Poste), Catherine Cazals et Helmuth Cremer (chercheurs à TSE). Nous remercions également notre partenaire, le Groupe La Poste, pour son soutien à cette 13e édition.

Photo de groupe
@ TSE

Photo participants of the Postal Conference 2026, TSE building.

Marcel Boyer
Marcel Boyer @ TSE

13th Postal Economics Conference 2026. Keynote Speaker Marcel Boyer

Éthique, équité et comportement socialement responsable

Lors de son intervention, Marcel Boyer (Université de Montréal and TSE) a expliqué que la responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE) émerge avant tout comme une réponse aux défaillances des pouvoirs publics dans la mise en place de conditions de marché et de prix véritablement concurrentiels. Il a souligné que le coût des fonds publics est souvent mal appréhendé, dans la mesure où une partie du risque demeure cachée et est, en réalité, supportée par les contribuables plutôt que par les prêteurs. Selon lui, l’enjeu central réside dans la capacité à concevoir des institutions favorisant les comportements éthiques et permettant de limiter les conséquences imprévues des innovations technologiques. Il a notamment rapproché les dérives historiques liées à l’imprimerie des défis contemporains posés par l’intelligence artificielle.

Dans cette perspective, Marcel Boyer a rappelé que la promotion de comportements responsables passe d’abord par le bon fonctionnement de la concurrence et par la vérité des prix. Il a formulé plusieurs recommandations :

  • Éliminer les manipulations de prix, telles que les subventions ou les quotas, qui appauvrissent la collectivité ;
  • Créer des marchés de droits de propriété et instaurer un prix du carbone afin d’internaliser les impacts environnementaux ;
  • Supprimer l’impôt sur les bénéfices des sociétés, afin d’encourager la création de richesse et la recherche et développement (R&D) plutôt que l’évasion fiscale ;
  • Accompagner rigoureusement la « destruction créatrice », grâce à des institutions aidant les individus et les entreprises à s’adapter aux changements.

Sur le plan social, l’économiste a souligné son rejet des approches qu’il juge trop simplistes. Il a expliqué, par exemple, que l’interdiction du travail des enfants, en l’absence d’alternatives crédibles, peut produire des effets contre-productifs. Il a plaidé pour des politiques visant plutôt à en accroître le coût d’opportunité, notamment par un soutien renforcé à l’éducation. Il a également mis en avant l’intérêt de gérer certains biens communs, comme l’eau, au moyen de mécanismes de marché encadrés. Enfin, Marcel Boyer a fait référence aux travaux de Helmuth Cremer réalisés avec d’autres chercheurs, en rappelant que la RSE ne peut en aucun cas se substituer à une régulation publique bien conçue. En l’absence de politiques adéquates, les entreprises, même lorsqu’elles poursuivent des objectifs de bien-être collectif, restent contraintes par des impératifs de rentabilité qui les éloignent de l’optimum social. En conclusion, il a souligné qu’une combinaison d’instruments — notamment des taxes pigouviennes et des subventions ciblées — demeure indispensable pour concilier responsabilité sociale et viabilité économique.

Intelligence artificielle et concurrence

Lors de son intervention en séance plénière, Giacomo Calzolari (European University Institute) a expliqué que l’intelligence artificielle (IA) doit être comprise avant tout comme une technologie de prédiction améliorée, capable de transformer en profondeur le fonctionnement des marchés. Il a souligné que cette transformation repose sur une double délégation : d’un côté, les entreprises confient la fixation des prix et certains choix stratégiques à des systèmes automatisés ; de l’autre, les consommateurs délèguent la recherche d’information et les décisions d’achat à des agents algorithmiques. Selon lui, cette évolution marque un basculement des marchés de masse vers des interactions bilatérales personnalisées, parfois décrites comme des « marchés individuels » (« markets of one »).

Giacomo Calzolari
Giacomo Calzolari @ TSE

Keynote speaker Giacomo Calzolari

Giacomo Calzolari a également mis en évidence les risques concurrentiels associés à cette automatisation de l’offre. Il a expliqué que les algorithmes d’apprentissage par renforcement peuvent converger vers des niveaux de prix proches de ceux d’une situation monopolistique, sans coordination humaine explicite. Il a insisté sur le fait que cette forme de collusion endogène, soutenue par des mécanismes algorithmiques de punition des déviations, est particulièrement difficile à identifier et à encadrer pour les autorités de régulation. Par ailleurs, les systèmes de recommandation, bien qu’individuellement rationnels, peuvent réduire l’élasticité de la demande et favoriser la concentration, au détriment du surplus collectif.

Il a toutefois nuancé ce constat en soulignant que l’émergence d’acheteurs agentiques pourrait modifier ces dynamiques. Ces agents, en adoptant des comportements stratégiques — par exemple en manipulant la perception de leur élasticité-prix — peuvent inciter les vendeurs à adopter des stratégies plus compétitives, contribuant ainsi à améliorer le bien-être global. Il a néanmoins précisé que, dans des marchés où l’offre et la demande seraient entièrement automatisées, l’analyse devient nettement plus complexe : les agents peuvent manipuler les paramètres de leurs fonctions, ce qui conduit à une multiplicité d’équilibres dont l’efficacité et la répartition du surplus restent incertaines.

Enfin, Giacomo Calzolari a souligné que les cadres réglementaires actuels demeurent insuffisants face à ces transformations. Il a mis en avant l’urgence de développer des outils garantissant la transparence et l’auditabilité des systèmes autonomes, tout en rappelant la nécessité de concevoir de nouvelles institutions adaptées à la gouvernance des algorithmes et à leur interopérabilité. En conclusion, selon lui, l’IA transforme la nature même des interactions économiques, ce qui rend indispensable une adaptation des cadres d’analyse et de régulation afin de préserver une concurrence effective et un fonctionnement efficace des marchés.

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Publié dans TSE Reflect septembre 2026.

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