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Trois décennies de collaboration avec EDF
Publié le 1 juin 2025
Le groupe EDF est une entreprise multinationale de production d’électricité dont la raison d’être est de bâtir un avenir énergétique à zéro émission nette grâce à l’électricité ainsi qu’à des solutions et services innovants, afin de contribuer à la préservation de la planète et au bien-être ainsi qu’au développement économique.
En plus de soutenir des projets de recherche, EDF est membre du TSE Partners Club.
L’économiste en chef d’EDF, Charles Weymuller, a pris le temps de discuter de leur soutien à TSE et des défis auxquels est confronté le secteur de l’électricité. Avant de rejoindre EDF, Charles a travaillé pendant 5 ans comme conseiller en macroéconomie et en politique commerciale auprès du Président de la République française et du Premier ministre.
Quelles sont les principales préoccupations du secteur de l’électricité en Europe ?
Le secteur énergétique mondial est engagé dans une transition massive afin de permettre à notre société d’atteindre la neutralité carbone le plus rapidement possible. Dans cet effort global, le secteur de l’électricité a une responsabilité particulière, car l’électricité est la technologie pivot pour réussir cette transition : d’une part, sa production peut être entièrement décarbonée, et d’autre part, la plupart des usages énergétiques peuvent reposer sur l’électricité.
Pour exploiter le potentiel indispensable de l’électricité, nous faisons face à plusieurs défis. Tout d’abord, des investissements importants sont nécessaires pour basculer vers des technologies décarbonées, tant en amont dans la production d’électricité qu’en aval dans ses usages, et certaines de ces technologies ne sont pas encore matures, ce qui appelle à intensifier l’innovation. Ensuite, la transition énergétique requiert d’innombrables changements de comportements dans toute la société : dans notre façon de produire et de travailler, de vivre dans nos logements et dans nos routines quotidiennes, de nous déplacer, de nous alimenter, etc. Tous ces défis convergent vers la nécessité de repenser profondément l’organisation du secteur de l’électricité.
En Europe, même si nous ne sommes pas une région riche en ressources naturelles, nous pouvons compter sur des atouts majeurs pour réussir une transition ordonnée : nous maîtrisons les principales technologies de production d’électricité décarbonée (nucléaire et énergies renouvelables) et nous bénéficions d’un marché unique bien intégré pour l’allocation à court terme de l’électricité, qui répartit efficacement, heure après heure, les moyens de production et la consommation à travers l’Europe. Toutefois, nous devons compléter sérieusement le design de marché actuel en recourant davantage à des signaux de long terme, essentiels pour déclencher les investissements nécessaires, tant dans la production que dans les usages de l’électricité. Cela implique davantage de planification et de contractualisation de long terme, ce qui constitue un changement de paradigme important pour le secteur européen de l’électricité.
Comment les économistes peuvent-ils contribuer à relever les défis de la transition énergétique ?
Les défis auxquels fait face le secteur de l’électricité sont intrinsèquement de nature économique. Pour y répondre, les économistes ont une responsabilité importante : fournir un cadre d’analyse des enjeux, peser les différentes options, rendre explicites les arbitrages et quantifier les impacts, afin de favoriser un débat public objectif et d’aider l’ensemble des parties prenantes à prendre des décisions éclairées et fondées sur des bases scientifiques.
L’économie du secteur de l’électricité était autrefois un domaine relativement autonome de l’économie industrielle, en raison de ses spécificités techniques, mais elle mobilise désormais de plus en plus des expertises provenant de différents champs de l’économie. En effet, le secteur énergétique joue un rôle unique dans les enjeux environnementaux et a des implications macroéconomiques de premier ordre. Il faut donc analyser conjointement les dimensions microéconomiques et macroéconomiques : du côté micro, la formation des prix de l’électricité et les incitations adressées aux acteurs ; du côté macro, les effets des prix et de la disponibilité de l’énergie sur la compétitivité industrielle et le pouvoir d’achat des ménages. Il existe des arbitrages complexes, notamment entre les besoins massifs d’investissement et l’objectif de maintenir des prix bas. Pour trouver le bon équilibre et concevoir des politiques optimales, ces arbitrages doivent être caractérisés et quantifiés. L’analyse combine également court et long terme, théorie et empirique.
Une illustration parlante de cette diversité est la discussion en cours sur le design du marché européen de l’électricité. Le modèle actuel repose sur une référence de marché parfait et fonctionne bien à court terme pour équilibrer offre et demande malgré une forte volatilité liée notamment aux conditions météorologiques. Mais il présente des limites pour le long terme : la volatilité des prix de gros décourage les investissements nécessaires à la transition et génère des effets macroéconomiques négatifs. Une approche économique consiste à identifier les frictions (marchés incomplets, asymétries d’information, concurrence imparfaite) et à concevoir un nouveau design qui les atténue sans nuire à l’efficacité du court terme. Les contrats de long terme apparaissent comme un outil puissant pour cela, en offrant de la visibilité sur les prix et en étant adaptés aux besoins spécifiques des technologies ou des consommateurs.
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre rôle d’économiste en chef chez EDF ?
Le rôle se décline en deux volets. En interne, il consiste à valider les hypothèses économiques clés utilisées pour les choix stratégiques, notamment les investissements, et à construire des scénarios cohérents de mix énergétique à long terme dans les différents pays. En externe, il s’agit de contribuer activement au débat économique sur les enjeux énergétiques, afin d’éclairer les politiques publiques grâce à l’expertise d’EDF.
EDF et TSE sont partenaires depuis près de 30 ans. Quels en sont les principaux bénéfices ?
Ce partenariat, initié dès les débuts de l’IDEI, a permis des échanges très fructueux entre économistes académiques de haut niveau et experts d’EDF. EDF apporte des problématiques concrètes, tandis que TSE contribue à maintenir l’expertise à la frontière de la recherche. Ensemble, ils ont permis des avancées importantes, notamment sur la conception de contrats pour les énergies renouvelables, le couplage des marchés européens et la tarification optimale.
Quelles thématiques de recherche de TSE vous paraissent les plus prometteuses ?
Plusieurs axes sont particulièrement pertinents : les questions d’organisation industrielle et de contrats, l’intégration croissante des renouvelables intermittents et les besoins de flexibilité associés, ainsi que les travaux macroéconomiques sur les risques, les taux d’actualisation et la complétude des marchés.
Pourquoi EDF s’implique-t-il dans la formation à TSE ?
Les échanges avec les étudiants sont très enrichissants. Ils permettent de confronter les idées, de partager des connaissances et de nourrir les travaux futurs. Cet engagement s’inscrit pleinement dans le partenariat EDF-TSE et dans la conviction du rôle central de l’économie académique pour analyser les problèmes réels.
Comment comparez-vous votre expérience au gouvernement français et chez EDF ?
Dans les deux cas, l’action est guidée par le long terme et l’intérêt général. L’analyse économique est essentielle pour éclairer les décisions et expliciter les arbitrages. Chez EDF, cette approche se poursuit avec un focus sur l’énergie, perçue comme un bien commun essentiel à la société et ayant un impact direct sur la planète.
Votre formation à Polytechnique et Harvard influence-t-elle votre approche ?
Oui, la formation doctorale en économie est précieuse, tant pour les connaissances techniques que pour les compétences analytiques et critiques. Elle permet de structurer la réflexion, de mieux comprendre les mécanismes économiques et de faire face à des problématiques complexes.
Liens utiles :
- Centre Energie & Climat de TSE
- Initiative de recherche sur les leviers de la transition énergétique (EDF)
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Entretien publié dans TSE Reflect, mai 2023
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