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Célébrer la recherche en économie des risques et de l'assurance

Publié le 15 septembre 2025

Marcel Freyschmidt lauréat Prix SCOR-EGRIE
Marcel Freyschmidt @ EGRIE

Lors du séminaire annuel de l’EGRIE, qui s’est tenu début août 2025, deux prix récompensant des contributions scientifiques exceptionnelles ont été décernés à Marcel Freyschmidt (Université des sciences appliquées de Zurich, ZHAW) et à Richard Peter (Université de l’Iowa) ! Organisés sous l'égide de la chaire SCOR-TSE « Risk Markets and Value Creation » et de l'université Dauphine, et soutenus par SCOR et la Fondation du Risque, ces prix mettent en avant les recherches de pointe en économie du risque et de l'assurance. À cette occasion, nous avons invité chaque lauréat à présenter brièvement ses travaux.

Prix SCOR–EGRIE 2025 du meilleur article rédigé par un jeune économiste

Le prix SCOR–EGRIE du meilleur article rédigé par un jeune économiste récompense le meilleur article présenté par un jeune économiste lors du séminaire annuel de l’EGRIE. Cette année, le prix a été décerné à Marcel Freyschmidt (Université des sciences appliquées de Zurich, ZHAW) pour son article intitulé « Tail Overweighting in Catastrophe Bond Pricing », qui apporte un éclairage nouveau sur la manière dont les marchés évaluent les risques extrêmes.

Pourriez-vous nous présenter brièvement vos axes de recherche ?

Marcel Freyschmidt : D’une manière générale, mes recherches portent sur les risques extrêmes et sur la conception de mécanismes efficaces de partage des risques associés à une distribution à queue lourde. J’ai commencé mon doctorat au début de la pandémie de COVID-19, qui a constitué une expérience déterminante pour les sociétés et les économies du monde entier. Nous avons constaté à quel point les gouvernements et les entreprises étaient pris au dépourvu, et à quel point les plans de relance mis en place a posteriori se sont avérés coûteux. Mais la pandémie n’est qu’un exemple parmi d’autres : si l’on considère les catastrophes naturelles ou les cyber risques, les lacunes en matière de protection face aux événements associés à une distribution à queue lourde restent considérables.
Si les catastrophes naturelles sont relativement bien comprises et modélisées, je trouve les cyber risques particulièrement fascinants. Ce sujet va prendre une importance croissante dans notre monde numérisé, avec l’émergence de nouveaux risques liés aux avancées technologiques telles que l’IA. Comprendre comment structurer le partage des risques pour ces événements extrêmes, à faible probabilité mais à fort impact, est essentiel pour la résilience économique. Il ne s’agit pas seulement d’une question pour le secteur de l’assurance, mais aussi d’un enjeu crucial pour la société, les gouvernements et les entreprises, au même titre que les mesures de prévention et de résilience.

Qu'est-ce qui vous a incité à vous pencher sur la question de la tarification des obligations catastrophes ?

Marcel Freyschmidt : Je pense que les obligations catastrophes joueront un rôle central dans la gestion future des risques liés aux événements extrêmes. Leur taille, combinée à la capacité des marchés de capitaux et à leur faible corrélation avec le risque global du marché, en fait des instruments idéaux pour fournir des capitaux supplémentaires destinés à couvrir les risques et à prendre en charge les tranches de risque que les (ré)assureurs ne souhaitent pas ou ne peuvent pas conserver. En ce sens, les obligations catastrophes définissent la limite supérieure de l’assurabilité et donnent un aperçu des limites du marché privé.
Cependant, malgré leur potentiel, nous en savons encore relativement peu sur la manière dont les obligations catastrophes sont tarifées. Les modèles de tarification traditionnels ne parviennent pas à rendre compte de leur structure et de leur profil de risque. Pour moi, comprendre et modéliser ce mécanisme de tarification constitue un enjeu majeur pour le développement de solutions efficaces de transfert de risque face aux risques extrêmes, et j’espère que mes recherches contribueront à cette compréhension.

Le cyber risque […] ne concerne pas uniquement le secteur de l'assurance, mais constitue également un enjeu crucial pour la société, les pouvoirs publics et les entreprises, au même titre que les mesures de prévention et de résilience.

Marcel Freyschmidt, Maître de conférences, Université des sciences appliquées de Zurich (ZHAW)

Selon vous, quelle est la principale contribution de votre article ?

Marcel Freyschmidt : Mon article apporte un nouvel éclairage sur la tarification des risques à queues lourde. Les obligations catastrophes étant presque exclusivement déterminées par les risques de queue, elles constituent un instrument unique pour étudier la manière dont les marchés évaluent ces événements extrêmes. La principale conclusion est que la probabilité d’événements extrêmes est systématiquement surpondérée dans la tarification – et plus l’événement est rare, plus cette surpondération est marquée.

Cela suggère que les investisseurs exigent des rendements plus élevés pour des risques plus « extrêmes », probablement en raison de plusieurs facteurs. Plus précisément, j’identifie trois influences clés. Premièrement, l’aversion au risque de queue : les investisseurs manifestent une forte aversion pour les événements à faible fréquence et à forte gravité. Deuxièmement, la compensation de l’incertitude liée aux modèles, car ces événements reposent souvent sur des données simulées plutôt que sur des données historiques. Troisièmement, la corrélation implicite, car ces risques ne sont peut-être pas aussi décorrélés des marchés financiers qu’on le suppose généralement. Il convient de noter que les deuxième et troisième facteur sont étroitement liés, car ils concernent des événements qui n’ont pas été observés historiquement mais qui ne peuvent être écartés d’un point de vue théorique. Un autre constat intéressant est que les risques liés aux cyber-obligations font l’objet d’une surpondération plus forte que des risques bien connus tels que les obligations liées aux tempêtes nommées en Floride. Cela met en évidence le fait que les investisseurs recherchent des primes plus élevées pour les risques moins bien compris et comportant une plus grande incertitude.

L'analyse révèle que le marché des obligations catastrophes est très hétérogène, ce qui rend difficile la comparaison des prix entre les différentes obligations. Néanmoins, mon étude met en évidence des tendances structurelles qui contribuent à expliquer le comportement en matière de tarification et apporte un élément clé pour comprendre comment les marchés évaluent les risques extrêmes.

Que représente pour vous le fait d'avoir remporté le prix SCOR-EGRIE du meilleur article rédigé par un jeune économiste ?

Marcel Freyschmidt : Remporter ce prix prestigieux est un immense honneur et une reconnaissance importante de mes travaux de recherche. Le fait qu’il m’ait été décerné au moment même où je venais de soutenir ma thèse lui confère une signification encore plus grande, car il reflète le fruit de plusieurs années de travail. Il envoie également un signal fort quant à la pertinence et à la nécessité de la recherche sur les risques extrêmes et leurs implications économiques.
Compte tenu de l’émergence de nouveaux risques, tels que les cyber risques, ces dernières années, ce prix souligne l’importance de poursuivre les recherches dans ce domaine. Je me réjouis de poursuivre ce travail à l’Université des sciences appliquées de Zurich. Il est important de souligner que cette recherche n’a été possible que grâce à une étroite collaboration avec des partenaires industriels qui m’ont donné accès à un ensemble de données unique.
À l’avenir, relever les défis à venir exigera un effort collectif de la part du monde universitaire, de l’industrie, des pouvoirs publics et de la société. Ce n’est que par une collaboration proactive que nous pourrons renforcer notre résilience face au prochain événement à haut risque.

Il est important de souligner que cette recherche n'a pu voir le jour que grâce à une étroite collaboration avec des partenaires industriels qui nous ont donné accès à un ensemble de données unique.

Marcel Freyschmidt, Maître de conférences, Université des sciences appliquées de Zurich (ZHAW)

Prix du meilleur article 2025 décerné par SCOR–Geneva Risk and Insurance Review

Le prix SCOR–Geneva Risk and Insurance Review du meilleur article pour l'année 2025 a été décerné à Richard Peter (Université de l'Iowa) pour son article intitulé « The Economics of Self-Protection », publié dans la revue Geneva Risk and Insurance Review (mars 2024). Ce prix annuel récompense l'article le plus marquant publié dans cette revue.

Pourriez-vous décrire brièvement vos principaux axes de recherche ?

Richard Peter : Mes recherches portent sur la gestion des risques et l’assurance. J’utilise principalement des modèles issus de la théorie microéconomique pour aborder des questions tant descriptives que normatives. Je cherche notamment à comprendre pourquoi les individus prennent certaines décisions et à quoi ressemble une ligne de conduite optimale. Je m’intéresse tout particulièrement à la manière dont les modèles de prise de décision en situation de risque et d’incertitude peuvent contribuer à une gestion efficace des risques.

Quels sont les principaux enseignements que vous aimeriez que les lecteurs retiennent de votre article ?


Richard Peter : La principale contribution de cet article réside dans le cadre conceptuel que j’ai développé pour classer et répertorier les différentes variantes du problème de l’autoprotection étudiées par les chercheurs depuis qu’Ehrlich et Becker (1972) ont introduit ce concept. Je pense que ce cadre sera utile pour générer de nouvelles idées et élargir le champ de la recherche sur l’autoprotection. Parmi les autres enseignements, on peut citer un exemple simple illustrant pourquoi l’aversion au risque de perte est importante pour l’autoprotection, ainsi qu’une série d’orientations pour les futures recherches sur ce sujet.

Même le modèle le plus simple d'autoprotection est loin d'être anodin et donne lieu à des prédictions intéressantes et nuancées, ce qui en fait un sujet de recherche fructueux.

Richard Peter, Professeur, Université de l'Iowa, Tippie College of Business

Que représente pour vous le fait d’avoir remporté le prix du meilleur article décerné par la revue « SCOR-Geneva Risk and Insurance Review » ?

Richard Peter : Je suis profondément honoré par cette distinction. Elle compte énormément pour moi. Je considère l’EGRIE comme l’un de mes principaux « foyers » universitaires, et j’ai beaucoup apprécié l’opportunité qui m’a été donnée de contribuer au numéro spécial du GRIR consacré à l’anniversaire de l’EGRIE. J’en ai profité pour mettre en avant les importantes contributions intellectuelles du groupe au cours des cinq dernières décennies, dont beaucoup ont été publiées en bonne place dans le GRIR. Je suis vraiment heureux que cette perspective ait trouvé un écho auprès des lecteurs.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes chercheurs en économie des risques et de l'assurance ?

Richard Peter : Trouvez des sujets qui vous passionnent, participez à des congrès et nouez des liens avec des personnes qui partagent vos centres d'intérêt. Impliquez-vous et devenez un membre actif de la communauté scientifique. Trouvez votre « foyer académique », tant en termes de sujet de recherche que de communauté, et prenez-en soin comme vous le feriez pour un véritable foyer, en l'améliorant sans cesse et en en assurant une bonne gestion.

Cette traduction est fournie à titre informatif. Elle n'a pas été vérifiée ni validée par l'auteur du contenu original. En cas de divergence, la version originale en anglais fait foi. 

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Entretien publié dans la TSE Reflect de Septembre 2025

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