Actualité
Utiliser l'économie pour façonner la politique énergétique de l'UE
Publié le 15 novembre 2022
Comment compareriez-vous votre expérience professionnelle dans le secteur privé (Compass Lexecon) et dans le secteur public (Commission européenne) ?
Étonnamment, je trouve que le fonctionnement de la Commission européenne est moins hiérarchisé que celui d’un cabinet de conseil : j’ai beaucoup de responsabilités dans le cadre du projet sur lequel je travaille, car mon supérieur hiérarchique direct coordonne une équipe de 25 à 30 collègues. Cela dit, avoir débuté ma carrière dans un cabinet de conseil a été une expérience très enrichissante et j’ai énormément bénéficié de la formation sur le terrain dispensée par des collègues plus expérimentés.
Pourquoi êtes-vous passé au secteur public ?
Je souhaitais relever un nouveau défi, afin d’aborder les affaires de concurrence sous un angle « neutre ». De plus, je tenais à m’investir dans ce formidable projet européen qui m’a tant apporté, moi qui ai étudié, travaillé et vécu à l’étranger pendant toute ma vie d’adulte.
Pourriez-vous nous en dire plus sur votre fonction au sein de l'équipe de l'économiste en chef de la DG Énergie ?
La DG Énergie a pour mission de garantir à tous les Européens l’accès à une énergie propre, abordable et sûre. L’équipe de l’économiste en chef fournit, entre autres, des analyses économiques, des modélisations et un soutien analytique. Dans le cadre de mon travail quotidien, cela peut prendre la forme d’un raisonnement économique conceptuel, de travaux empiriques utilisant des données accessibles au public ou obtenues auprès de sources commerciales, ou encore du traitement des résultats de modélisation produits par le Centre commun de recherche de la Commission européenne ou par des prestataires externes sous notre supervision.
Mon travail est varié, stimulant sur le plan intellectuel et a un réel impact, surtout en cette période. Je travaille avec une équipe de collègues extrêmement compétents et dévoués.
Quelles mesures la Commission européenne prend-elle pour lutter contre la flambée des prix de l'énergie et la dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles russes ?
Répondre de manière exhaustive à cette question dépasse sans doute le cadre de cet entretien ; je vous invite donc à consulter notre site Internet. Je tiens simplement à ajouter que de nombreux collègues de la DG Énergie ont travaillé d'arrache-pied cette année.
Dans quelle mesure êtes-vous optimiste quant à la capacité de l'Europe à respecter ses engagements de réduire ses émissions de 55 % d'ici 2030 et d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 ?
Les données disponibles indiquent que nous sommes en bonne voie pour atteindre l'objectif fixé pour 2030. Les prévisions concernant l'objectif de 2050 sont plus difficiles à établir, car de nombreuses incertitudes pèsent sur les avancées technologiques et l'évolution des coûts. Prenons par exemple la baisse du coût des panneaux solaires : essayez d'extrapoler cette tendance sur près de trois décennies, sans parler de prédire l'émergence de nouvelles technologies. Mais j'aimerais ajouter trois remarques supplémentaires. Premièrement, afin de centrer le débat, il est utile de faire la distinction entre les ambitions affichées et les politiques effectivement mises en œuvre. Deuxièmement, l’énergie est un domaine de compétence partagée entre l’UE et ses États membres. Troisièmement, ne sous-estimons pas l’importance de la coopération internationale : les cinq plus grands émetteurs nationaux de CO₂ (la Chine, les États-Unis, l’Inde, la Russie et le Japon) se trouvent tous en dehors de l’UE. Je crains que la coopération sur cette question véritablement mondiale ne se soit rompue entre « l’Occident » et deux de ces pays, la Chine et la Russie.
Quel impact la guerre menée par la Russie en Ukraine risque-t-elle d'avoir sur ces efforts ?
Sans vouloir simplifier à outrance, la guerre a eu deux effets majeurs sur les émissions de l’UE. Premièrement, la hausse des prix du gaz a entraîné un passage du gaz au charbon dans la production d’électricité, ce qui a accru les émissions. Deuxièmement, la hausse des prix du gaz (ainsi que du charbon, du pétrole et de l’électricité) a conduit, et continue de conduire, à des investissements accrus dans l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Nos modélisations indiquent que, si le premier effet domine actuellement et que nous devrions assister à une légère hausse des émissions en 2022, le second effet prendra le dessus à moyen terme, ce qui nous permettra de rester sur la bonne voie pour atteindre l’objectif fixé pour 2030. Bien entendu, il sera essentiel que l’UE et ses États membres protègent les consommateurs vulnérables contre l’impact de ces prix élevés, tant pour des raisons humanitaires que pour éviter de perdre le soutien de l’opinion publique en faveur des objectifs climatiques.
Quel rôle les économistes peuvent-ils jouer pour améliorer les politiques mises en œuvre par les institutions de l'Union européenne ?
De manière générale, les économistes jouent un rôle clé dans la conception de politiques fondées sur des données factuelles. Dans le domaine de la concurrence, d’énormes progrès ont été réalisés, passant d’une analyse rigide et légaliste à une évaluation fondée sur les effets économiques réels. Aux côtés des États-Unis, l’Union européenne a joué un rôle de premier plan dans ce domaine. Dans le domaine de l'énergie, il est plus difficile de quantifier certains compromis (par exemple, les coûts financiers par rapport aux émissions de CO₂ et aux déchets nucléaires). Néanmoins, la Commission ne cesse de promouvoir l'élaboration de politiques fondées sur des données factuelles, et c'est formidable de participer à cet effort.
En quoi les interactions avec les chercheurs de TSE peuvent-elles être bénéfiques pour les régulateurs européens ?
La contribution des experts universitaires est très précieuse, car elle permet sans aucun doute d’améliorer les politiques si les perspectives issues du monde universitaire sont prises en compte dans l’élaboration des décisions. En tant que l’une des principales universités (sinon la plus importante) d’Europe dans le domaine de l’économie, TSE a un rôle particulier à jouer. Au sein de l’équipe de l’économiste en chef de la DG Énergie, nous nous efforçons de favoriser les échanges avec le monde universitaire par le biais de nos « Chief Economist Talks »* internes (à la Commission), de partenariats de recherche et de conférences. C’est dans cet esprit que j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec vous.
Les opinions exprimées ci-dessus n'engagent que Nicolas Listl et ne reflètent en aucun cas la position de la Commission européenne sur ces questions.
Cette traduction est fournie à titre informatif. Elle n'a pas été vérifiée ni validée par l'auteur du contenu original. En cas de divergence, la version originale en anglais fait foi.
Useful Links :
Interview published in TSE Reflect, November 2022
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