Combien vaut une biobanque ?

1 Juillet 2018 Finance

En facilitant l’accès aux échantillons biologiques, la croissance des biobanques depuis la fin des années 1990 a permi de nombreuses avancées en génétique et en médecine. Comment peut-on s’assurer que le modèle économique de ces institutions favorise l’innovation ? De nouveaux travaux de recherche de Catherine Bobtcheff (TSE-CNRS) et Carole Haritchabalet (TSE-Université de Pau) mettent en avant l’importance du positionnement stratégique d’une biobanque, son expertise et ses conditions de ventes. Elles identifient des asymétries d’information entre les biobanques et les centres de recherche et proposent des solutions pour les réduire.  

Quels sont les principaux défis d’une biobanque ?

La gestion d’une biobanque, en général en lien avec un hôpital d’où proviennent la majorité des échantillons, demande une expérience, à la fois scientifique et technique, considérable. Les biobanques doivent se conformer à de nombreuses législations, notamment en ce qui concerne la collecte et le transport des échantillons et la gestion des données personnelles. La production d’échantillons de haute qualité demande beaucoup de coordination entre les différentes professions. Les laboratoires achètent ensuite les échantillons pour mener à bien des travaux de recherche indépendant ou en lien direct avec la biobanque.

Comment mettre un prix sur une biobanque ?

La valorisation économique des biobanque est avant tout une question de valorisation de l’innovation. L'innovation dépend de la qualité des échantillons et de l’implication de différents maillons de la chaîne de prélèvement, transport et stockage, ce qui génère des problèmes d'asymétrie d’information. De nombreux économistes, dont Jean Tirole (1999), ont analysé le contrat optimal pour rémunérer tous les membres de la chaîne de l’innovation. Ceux-ci organisent la répartition des droits de propriété intellectuelle entre les différentes parties prenantes. 
Comment ces asymétries d’information impactent le marché des échantillons ?
Les biobanques sont face à un problème de sélection adverse dans la mesure où les projets menés le sont par différents instituts de recherche avec des compétences différentes et le succès des projets est extrêmement difficile à évaluer. Cette situation les pousse à mettre en place un comité qui sélectionne les projets de recherche les plus prometteurs. 
Du côté des acheteurs par contre, on ne peut pas être certains que les échantillons sont de bonnes qualité ou qu’ils n’ont pas été dégradés par la biobanque. Une bonne solution consiste à conditionner une partie du paiement des échantillons au succès de l’innovation. 

Quelles sont les stratégies des biobanques ?

Les biobanques doivent prendre des décisions stratégiques quant à la taille et la qualité de leurs collections. Ces paramètres modifient le degré de concurrence entre les biobanques et leur expertise. 
En se spécialisant sur un nombre faible de collections, une biobanque peut s’assurer une grande visibilité et reconnaissance ainsi qu’un certain pouvoir de monopole. Son expertise et la cohérence de son offre seront fortes ce qui réduit ses coûts de fonctionnement. Les biobanques généralistes pourront travailler avec de nombreux projets variés mais la gestion d’un grande nombre de collections demande une expertise également diversifiée et des professionnels avec différentes spécialités. 
Les biobanques peuvent également se différencier verticalement de leurs concurrents en améliorant la qualité de leurs échantillons et de leurs données, ce qui leur donnera un pouvoir sur le marché. Une économie de biobanques spécialisées limitera la concurrence et les problèmes de qualité des échantillons dans la mesure où chaque biobanque sera positionné sur un type précis d’échantillons. Lorsque les biobanques généralistes et spécialisés coexistent, la concurrence affaiblit mécaniquement les biobanques généralistes qui sont alors forcées de réduire la qualité de leurs échantillons afin de réduire leurs coûts. 

Comment est-ce que la coopération peut favoriser l’innovation ?

Fédérer plusieurs biobanques au sein d’un réseau permet de réduire les coûts opérationnels, d’augmenter l’approvisionnement en échantillons et d’augmenter leur pouvoir de négociation. En contrepartie elles peuvent perdre une partie du contrôle qu’elles ont sur leur spécialités et leur réputation. Les effets positifs de ces réseaux sont plus important pour les biobanques généralistes. La collaboration avec des biobanques spécialisées permettent aux généralistes d'améliorer leur expertise, ce qui a un effet bénéfique à long terme sur l’innovation.
 

Article publié dans TSE Mag #17, Eté 2018