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Conférence Capital Humain 2026

Publié le 3 juillet 2026

@ LoicBourniquelPhotographie

TSE a organisé sa première Conférence Capital Humain les 22 et 23 juin 2026 derniers à Toulouse, réunissant des économistes de premier plan, issus d'institutions du monde entier.
Pendant deux jours, des thématiques diverses et variées ont été abordées : notamment le développement de la petite enfance, le choix de l'école, les transitions professionnelles, les plateformes numériques. Un message commun s'est dégagé : en matière de politique éducative, le moment où l'on intervient, l'égalité d'accès et la conception des systèmes comptent autant que les investissements financiers.

Investir tôt et efficacement

Orazio Attanasio, professeur à l’Université de Yale, a ouvert la conférence en montrant que les premières années de la vie représentent une période déterminante pour le développement des enfants. Il a fait la distinction entre les compétences cognitives, les compétences socio-émotionnelles et la santé, et a établi que l’implication des parents entre 2 et 4 ans produit les effets les plus bénéfiques sur les capacités d'apprentissage des enfants. Il a également montré qu'un soutien précoce permet aux enfants défavorisés de rattraper leur retard, avec des conséquences directes sur la réduction des inégalités.
Petra Todd, professeure à l’Université de Pennsylvanie, a replacé ces résultats dans une perspective plus large. Elle a rappelé que le capital humain va bien au-delà des résultats scolaires : il englobe la personnalité, la résilience, la santé et la capacité d'adaptation. Elle a également fait part d’une préoccupation pour l'avenir : si les enfants utilisent trop tôt des outils fondés sur l'intelligence artificielle, ils risquent de ne jamais développer les compétences fondamentales que l'école est censée leur transmettre. Sergi Quintana, chercheur post-doctoral à la Rockwool Foundation de Berlin a ajouté que la qualité des enseignants en maternelle contribue davantage au développement des enfants que le fait d'accorder davantage de temps, ou de ressources financières aux parents, à coût équivalent. Investir dans des professionnels qualifiés de la petite enfance constitue l’une des utilisations les plus efficaces des ressources publiques.

Le capital humain ne se résume pas aux résultats scolaires : il englobe aussi la personnalité, la résilience, la santé et la capacité d’adaptation.

Petra Todd, Professeure, Université de Pennsylvania

Familles, institutions et inégalités

Plusieurs interventions ont analysé la manière dont le milieu familial et les règles institutionnelles façonnent l'avenir des enfants. Jamie Hentall MacCuish, professeur assistant à HEC Paris, a montré que les parents les plus diplômés consacrent davantage de temps à leurs enfants et utilisent ce temps de manière plus efficace pour favoriser leur développement. Les enfants issus de familles moins diplômées partent ainsi avec un désavantage qui tend à se transmettre d'une génération à l'autre. Martin Garcia Vazquez, professeur assistant à l’Université de Washington, a mis en évidence que l’augmentation du nombre d'enseignants par enfant dans les structures d'accueil accroît le coût des services de garde, en particulier dans les établissements de moindre qualité. Face à cette hausse des prix, certaines familles limitent leur recours à ces structures et se tournent vers des modes de garde informels, généralement de qualité inférieure, ce qui ralentit le développement cognitif des enfants. Toutefois, la hausse des prix, plus marquées dans les établissements les moins performants, réduit l’écart de coûts avec les structures de meilleure qualité, incitant certaines familles à choisir ces dernières. Il en résulte des effets redistributifs intéressants et, finalement, l’impact global de réglementations plus strictes sur les compétences des enfants s’avère positif.


La question des inégalités a été au cœur de la conférence

Marc Gurgand, chercheur associé à la Paris School of Economics, a montré que l'accès d'élèves défavorisés à des internats améliore leurs résultats, non seulement grâce à un meilleur enseignement, mais aussi en renforçant leur confiance en eux.
Ellen Greaves, enseignante à l’Université d’Exeter, a expliqué qu'en Angleterre, l'affectation des élèves en fonction de leur lieu de résidence favorise les familles les plus aisées, qui ont les moyens de s'installer dans les secteurs des meilleures écoles. Les simulations montrent que réserver une partie des places aux élèves issus de milieux modestes pourrait améliorer la situation, même si les premières expérimentations ont suscité une forte opposition.
Frédéric Tallet, statisticien-économiste au ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a souligné que la diffusion d'informations complètes sur les taux de réussite et les débouchés professionnels des formations de l'enseignement supérieur peut contribuer à réduire les inégalités d'accès.


Concevoir de meilleurs systèmes scolaires et d'affectation

Un autre enseignement majeur de la conférence est que les règles d'attribution des places dans les établissements scolaires et d'affectation des enseignants sont tout aussi importantes que la qualité des écoles elles-mêmes. Christopher Campos, professeur assistant à l’Université de Chicago, a montré que la manière dont un système de choix des écoles est conçu influence fortement la participation des familles, parfois autant que la qualité des établissements. Les inégalités d'accès relèvent donc en partie d'un problème de conception des dispositifs. Julien Combe, professeur au CREST (École polytechnique), a démontré qu'un système plus performant d'affectation des enseignants en France permettrait de réduire les écarts entre les établissements bien dotés et ceux qui le sont moins, sans perte de qualité globale.
Concernant les effets des pairs, Mariana Laverde, professeure assistante au Boston College, a montré que les camarades de classe influencent effectivement les résultats scolaires, mais que la qualité de l'établissement joue un rôle bien plus déterminant. Les politiques visant directement à améliorer les écoles sont donc plus efficaces que celles visant principalement à agir sur la composition des classes.


Plateformes numériques et avenir de l'éducation

Chris Neilson, professeur à l’Université de Yale, a présenté l'expérience du Chili, qui dispose depuis 2016 d'une plateforme nationale unique pour les admissions scolaires. Les familles peuvent y classer autant d'établissements qu'elles le souhaitent, un algorithme attribuant ensuite les places de manière équitable et transparente. Surtout, les familles peuvent consulter en temps réel leurs probabilités d'admission dans chaque établissement. Ce système a permis aux familles les plus modestes d'accéder à des écoles qui étaient autrefois difficiles d'accès. Selon Neilson, des outils fondés sur l'intelligence artificielle pourraient encore renforcer ces bénéfices en offrant un accompagnement personnalisé à chaque famille. Il a toutefois insisté sur la nécessité de distinguer les règles d'affectation des outils qui les mettent en œuvre et de veiller à ce que la technologie soutienne les apprentissages plutôt qu'elle ne remplace les efforts qu'ils exigent.
Écoles en difficulté : fermetures, réaffectations et limites des réformes
La conférence s'est conclue sur l'une des questions les plus délicates en matière de politiques éducatives : comment agir lorsqu'un établissement connaît des difficultés persistantes à faire progresser ses élèves ? Parag Pathak, professeur au MIT, a abordé directement cette question. À partir de simulations de fermetures d'établissements et de réaffectations d'élèves, il a étudié dans quelles conditions la fermeture des écoles les moins performantes améliore effectivement les résultats des enfants. Sa conclusion est nuancée, mais encourageante : transférer les élèves vers de meilleurs établissements peut produire des bénéfices bien réels. Toutefois, il a rappelé que la fermeture d'une école n'est jamais sans conséquences. Elle perturbe les enfants, les familles et les communautés, et ces perturbations constituent un élément essentiel que toute réforme doit prendre en compte.
Son intervention a finalement résumé les principaux enseignements de la conférence : la qualité de la conception des politiques publiques est essentielle ; toute réforme implique des arbitrages et transformer les résultats de la recherche en politiques publiques demeure avant tout un défi politique.

Photo de groupe lors de la conférence Human Capital 2026
@ Loic Bourniquel

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Publié dans la TSE Reflect, juillet 2026

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