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Table ronde sur la prise de décision en situation de risque et d'incertitude

Publié le 15 juin 2026

Christian Gollier @ TSE

Les 11 et 12 juin, la TSE a organisé un colloque scientifique à l’occasion du 65e anniversaire de Christian Gollier, figure de proue de l’économie du risque et de l’incertitude. Cofondateur de la TSE aux côtés de Jean Tirole, Christian Gollier a apporté des contributions pionnières à l’analyse de la prise de décision en situation d’incertitude, dont les implications sont considérables pour les politiques publiques, l’économie financière et les enjeux environnementaux tels que le changement climatique.

La conférence The Long View: Risk, Time, and our Collective Future a réuni des chercheurs et des professionnels afin de débattre des avancées récentes dans la compréhension de la manière dont les individus et les institutions évaluent les risques et les compromis au fil du temps. Les travaux de Gollier, notamment sur les préférences en matière de risque, le choix intertemporel et l’évaluation de résultats futurs incertains, ont joué un rôle central dans l’élaboration de la pensée économique moderne et dans l’orientation des débats politiques, en particulier dans le domaine de l’économie du climat et de la tarification du carbone.

L’un des moments forts de l’événement a été une table ronde sur la prise de décision publique en situation de risque et d’incertitude, à laquelle ont participé des économistes et des experts de premier plan issus du monde universitaire, du secteur des transports et du secteur des assurances, y compris des partenaires de recherche de longue date.

Participants at the conference  in celebration of Christian Gollier
Group photo of participants at the conference “The Long View: Risk, Time, and Our Collective Future”, held in celebration of Christian Gollier (center) @ TSE

Résumé de la table ronde : « La prise de décision publique face au risque et à l’incertitude »

Cette table ronde a réuni des intervenants de renom, notamment Catherine Wolfram (professeure d’économie de l’énergie au MIT), Robert S. Pindyck (professeur de finance et d’économie et professeur d’économie appliquée au MIT), Alain Quinet (directeur général adjoint chargé de la régulation et de la stratégie durable chez SNCF Réseau) et Philippe Trainar (économiste en chef chez SCOR), qui ont apporté des points de vue complémentaires sur la manière dont le risque et l’incertitude influencent les décisions de politique publique.

Faire le lien entre théorie et politique

Christian Gollier a ouvert la discussion en revenant sur l’évolution de ses travaux, de la recherche théorique aux applications concrètes en matière de politique publique. Il a souligné l’importance d’intégrer la théorie moderne de l’évaluation des actifs dans la prise de décision publique, notamment par le recours à des taux d’actualisation ajustés au risque plutôt qu’à des taux uniformes. Cette approche, désormais partiellement appliquée en France, vise à améliorer la manière dont les pouvoirs publics évaluent les investissements à long terme en situation d’incertitude.

Politique climatique et coopération internationale

Catherine Wolfram a présenté ses travaux récents sur la coordination des politiques climatiques, en mettant l’accent sur le développement de coalitions internationales en matière de climat. Ces coalitions visent à promouvoir la tarification du carbone dans tous les pays, tout en laissant une marge de manœuvre en fonction des niveaux de revenus. Elle a souligné l’importance politique et économique de mécanismes inclusifs capables de rassembler à la fois les pays à revenus élevés et les pays en développement au sein d’un cadre commun. Des initiatives récentes, soutenues par des pays représentant une part importante des émissions mondiales, témoignent d’une dynamique croissante en faveur de marchés du carbone coordonnés.

Les investissements dans les infrastructures en période d’incertitude

Alain Quinet a présenté un point de vue de praticien en s’appuyant sur de grands projets d’infrastructure, tels que la ligne ferroviaire à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse. Il a expliqué comment la théorie économique (notamment les travaux sur le risque, l’actualisation et l’irréversibilité) a progressivement amélioré l’évaluation des projets. Des outils tels que la modélisation probabiliste, l’analyse de scénarios à long terme et les taux d’actualisation différenciés sont de plus en plus utilisés, même si des défis subsistent pour intégrer pleinement l’incertitude et l’ambiguïté dans les processus décisionnels.

Comprendre et gérer les risques complexes

Philippe Trainar a mis en évidence la nature multidimensionnelle du risque dans des contextes concrets, notamment dans les domaines de l’assurance et de la finance. Il a souligné que les risques sont rarement isolés, mais qu’ils interagissent et évoluent au fil du temps, ce qui nécessite une approche systémique. Il a également souligné la distinction entre le risque mesurable et l’incertitude plus profonde, ainsi que l’importance de la diversification et des réactions comportementales dans la détermination des résultats.

Le rôle du risque catastrophique

Robert S. Pindyck s’est concentré sur les implications des risques catastrophiques (tels que les pandémies, les catastrophes climatiques, les guerres nucléaires ou cybernétiques) pour les politiques publiques et l’évaluation économique. Il a fait valoir que ces risques sont souvent sous-estimés, alors qu’ils ont des implications majeures sur les décisions d’actualisation et d’investissement. La prise en compte de la possibilité de perturbations à grande échelle peut réduire considérablement les taux d’actualisation, ce qui renforce la nécessité de mettre en place dès aujourd’hui des mesures préventives plus strictes.

Points clés à retenir

Au cours de la discussion, plusieurs thèmes communs sont ressortis :

  • La prise de décision publique doit mieux prendre en compte l’incertitude, les risques à long terme et les événements extrêmes potentiels.
  • Les progrès de la théorie économique ont amélioré les outils politiques, mais leur mise en œuvre reste incomplète.
  • Le changement climatique constitue un exemple clé où le risque, l’incertitude et l’action collective se recoupent.
  • La collaboration entre les universitaires, les décideurs politiques et le secteur privé est essentielle pour traduire la théorie en pratique.
From left to right: Alain Quinet, Christian Gollier, Catherine Wolfram, Robert S. Pindyck, Philippe Trainar and Nour Meddahi @ TSE

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