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Toulouse sera à l'avant-garde de la recherche sur le cancer
Publié le 15 avril 2024
Quelles sont les principales missions de vos institutions ?
JP Delord : Le rôle de l’IUCT-Oncopole est caractéristique d’un centre de lutte contre le cancer de type « comprehensive cancer center », qui combine les missions d’un hôpital prenant en charge les patients atteints de cancer avec celles d’un centre universitaire accueillant des étudiants dans différents cursus (soins ou recherche). Nous avons également pour ambition de faire progresser les connaissances fondamentales sur la biologie du cancer et des maladies hématologiques, en travaillant en étroite collaboration avec le Centre de Recherches en Cancérologie de Toulouse (CRCT). Aujourd’hui, plus de 2 000 personnes travaillent sur le site dans ces trois domaines.
P. Dubois : Les principales missions du TSE Health Center sont de développer les connaissances scientifiques en économie de la santé et de les diffuser auprès d’un large public. Nos économistes cherchent à produire des travaux de recherche capables d’aider les organisations publiques et privées à trouver des solutions aux problématiques de santé et à améliorer la qualité ainsi que l’accessibilité des soins. Ils étudient notamment la régulation de l’industrie pharmaceutique, le financement de l’innovation en santé, l’alimentation et la nutrition, ainsi que l’évolution du système de santé.
Comment abordez-vous la recherche multidisciplinaire ?
JPD : La collaboration entre disciplines est essentielle à la recherche en santé et en médecine. Nos chercheurs doivent constamment s’interroger sur la pertinence médicale des questions fondamentales en biologie, mais aussi sur la pertinence biologique des questions médicales. Les meilleures équipes mondiales de recherche sur le cancer sont toutes issues de campus où cette multidisciplinarité est facilement accessible et pleinement opérationnelle. Ces dernières années, le défi a consisté à rapprocher des disciplines qui, jusqu’à présent, étaient relativement éloignées les unes des autres : les sciences dites « dures », les sciences expérimentales, les sciences de l’ingénieur et les sciences médicales. Une multidisciplinarité réussie est également déterminante pour décrypter la complexité du vivant grâce aux modèles mathématiques ou à l’ingénierie des « systèmes critiques » destinés à améliorer la prise de décision médicale. Les équipes toulousaines disposent de nombreux atouts dans ces domaines. Dans l’évaluation de nos pratiques de soins ou de recherche, notre réflexion sur la valeur sociétale de l’innovation (médicale) nous a naturellement conduits à nous tourner vers les équipes de TSE, reconnues au niveau mondial pour leur expertise dans ce champ.
PD : TSE réunit des économistes et des chercheurs issus d’autres sciences sociales quantitatives et disciplines connexes afin de répondre aux défis concrets des sociétés contemporaines. La recherche multidisciplinaire de pointe est encouragée aussi bien au sein de TSE qu’à l’extérieur, avec des équipes de chercheurs provenant d’institutions partenaires. La combinaison de perspectives et de méthodologies différentes nous permet d’aborder des problématiques complexes et de stimuler l’innovation. En tant que directeur de ce Centre, je suis convaincu de la richesse de cette multidisciplinarité. Il ne s’agit pas de notre premier projet de ce type, après des collaborations précédentes avec l’IUCT-Oncopole et dans le cadre du projet ARPEGE. Depuis 2021, TSE participe à ce consortium multidisciplinaire français aux côtés de la biotech française Antabio, de bioMérieux et des Hospices Civils de Lyon. Son objectif est de développer un ensemble de solutions pour lutter contre l’antibiorésistance. Ces échanges et interactions nous permettent d’accéder à de précieuses données de terrain, d’affiner nos théories et de tester la robustesse de nos modèles.
Quelles sont, à ce jour, les principales réalisations de ce partenariat ?
PD : Notre collaboration s’est intensifiée au cours des deux dernières années. Par exemple, François Poinas1, de TSE, a travaillé avec une équipe multidisciplinaire de l’Oncopole réunissant des expertises en chirurgie, biostatistique et épidémiologie. Il s’est intéressé à la mesure de l’aversion au risque des chirurgiens en mobilisant ses connaissances en économie comportementale. Je pense également à la participation de Sébastien Gadat2, expert en mathématiques, à un projet développé par l’équipe « Dynamique des interactions moléculaires des lymphocytes ». Celui-ci portait sur la prédiction du besoin de traitement chez les patients atteints de leucémie lymphoïde chronique. Le partenariat entre nos institutions a permis de formaliser ces liens autour d’un objectif commun : mener des actions coordonnées au service du bien commun.
JPD : Une collaboration de longue date existe sur des questions méthodologiques liées à l’évaluation du risque et à la mesure d’événements « pertinents » dans le temps. Il s’agit, au fond, de problématiques « fondamentales » qui nécessitent que les chercheurs développent des outils plus performants pour mesurer l’impact et l’efficacité des interventions thérapeutiques. Plus récemment, nous nous sommes intéressés à des questions plus complexes relatives à l’évaluation de la valeur de l’innovation médicale. Les outils actuels de mesure utilisés par les équipes médicales, centrés sur la question « combien cela coûte-t-il ? », sont devenus obsolètes. Nous avons besoin d’une vision qui ne se limite pas au coût, mais qui prenne avant tout en compte la valeur sociétale de l’innovation.
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Nous devons dépasser la seule logique de coût pour mieux mesurer la valeur réelle des innovations de santé, en termes de vies sauvées et d'impacts sociétaux. Les travaux de TSE contribueront à éclairer ces enjeux et l'efficacité de nos pratiques.
Qu’est-ce qui motive la dernière collaboration entre l’Oncopole et TSE, lancée en 2023 ?
JPD : Ce partenariat est centré sur la question de la valeur de l’innovation. Imaginons que nous inventions un jour un vaccin thérapeutique contre le cancer. Comment ce type de « révolution médicale » pourrait-il être le plus utile possible à nos sociétés ? Comment aider, d’un côté, les médecins (et leurs patients) et, de l’autre, les décideurs publics à déterminer le niveau d’investissement pertinent dans de tels programmes ? Pour cela, nous avons besoin des équipes de TSE : elles possèdent le savoir-faire nécessaire.
PD : Je me réjouis de constater l’intérêt croissant des professionnels de santé pour les dynamiques économiques de l’innovation. Les enseignements tirés des acteurs du secteur hospitalier sont extrêmement enrichissants pour nous. Les travaux collaboratifs menés entre l’Oncopole et TSE ont des implications très larges susceptibles de bénéficier à l’ensemble du secteur.
Qu’attendez-vous de ce nouveau partenariat ?
JPD : La collaboration entre TSE et l’Oncopole est essentielle. Nous ne pouvons plus continuer à évaluer les médicaments et les pratiques médicales uniquement à travers la question du « combien cela coûte ». Nous devons inventer des outils précis et opérationnels pour comprendre et mesurer ce qu’ils « rapportent » en termes de vies sauvées, mais aussi d’impacts familiaux, sociétaux et professionnels. De ce point de vue, la médecine est encore à l’âge de pierre. Nos collègues de TSE doivent nous aider à entrer dans l’âge du fer, celui d’une réflexion éclairée sur l’efficacité de nos pratiques et sur le rôle sociétal majeur de l’innovation.
PD : Ce partenariat nous permettra de mener des recherches économiques sur un enjeu majeur de santé publique. Il renforcera les liens entre nos deux institutions et contribuera à positionner Toulouse à l’avant-garde de la recherche sur le cancer. Cette collaboration affinera notre compréhension de la maladie et du contexte dans lequel elle survient, confirmera la pertinence de certaines problématiques de recherche et fournira des données permettant de tester des hypothèses dans des conditions réelles. Nos compétences et nos connaissances sont pleinement complémentaires. Surtout, ce partenariat peut contribuer à améliorer l’efficience et l’efficacité du système de santé. En travaillant ensemble, les chercheurs en médecine et en économie peuvent élaborer des stratégies visant à optimiser l’allocation des ressources de santé et à améliorer les résultats pour les patients, développer des interventions plus globales pour améliorer la santé et réduire les inégalités, accélérer le développement de nouvelles thérapies et technologies médicales, ainsi qu’améliorer leur accessibilité pour les patients.
Quelles sont les implications pour les politiques de santé publique ? Quelles difficultés devrez-vous surmonter ?
PD : Le défi sera immense pour améliorer les conditions de vie des patients, la prise en charge de ces maladies par les pouvoirs publics et la définition des politiques de prévention. Obtenir un impact, même à l’échelle nationale, constituerait déjà une grande victoire. Il nous faudra du temps pour convaincre les autorités publiques. Être capable de formuler correctement le problème fait déjà partie du chemin vers sa résolution.
JPD : Nous souhaitons contribuer à faire évoluer le regard des décideurs. Le chemin ne sera pas simple. Comme pour tout projet de recherche, il faut avoir une vision, de bonnes idées et convaincre les autres qu’elles méritent un investissement.
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En collaborant, les chercheurs en médecine et en économie peuvent élaborer des stratégies visant à optimiser l'allocation des ressources de santé et à améliorer les résultats pour les patients, mettre au point des initiatives plus globales pour améliorer la santé et réduire les inégalités en matière de santé, accélérer le développement de nouvelles thérapies et technologies médicales, et améliorer leur accessibilité pour les patients.
Comment partagerez-vous l’avancement de vos travaux ?
PD : Plusieurs initiatives sont prévues pour diffuser les résultats de nos recherches et mener des actions de vulgarisation scientifique auprès d’un large public. Nos principaux outils sont les revues scientifiques, le site web de TSE, nos lettres d’information destinées aux décideurs, l’organisation et la participation à des conférences internationales en économie de la santé, ainsi que des rencontres ciblées avec les pouvoirs publics.
JPD : L’Oncopole comme TSE savent contribuer efficacement à la large diffusion des connaissances grâce à leurs travaux et à leurs publications. C’est la vocation des équipes académiques : produire de nouvelles connaissances, développer de nouveaux outils et les partager. Ensuite, la valeur de ces connaissances dépend principalement de la volonté politique de s’en saisir et de les mettre à profit.
- [1] F. Poinas: "Evaluation of anthropological, socio-cultural and psychological factors of surgeons practicing in oncology that condition the brakes in the evaluation of surgical innovation". (Two-year project, begun in 2022).
- [2] S. Gadat: Participation in a previous project developed by the IUCT team: "Molecular dynamics of lymphocyte interactions".
Cette traduction est fournie à titre informatif. Elle n'a pas été vérifiée ni validée par l'auteur du contenu original. En cas de divergence, la version originale en anglais fait foi.
Liens utiles :
- Centre Santé de TSE
- Initiative de recherche cancer, innovation et hôpital (IUCT- Oncopole)
- Tous les témoignages
Interview publiée dans TSE Reflect, Avril 2024
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