Alors que certains pays sont tentés de profiter des sacrifices des autres sans en faire eux-mêmes, les économistes Marcel Boyer et Christian Gollier suggèrent, dans une tribune au "Monde", que l’Union européenne et le Canada, parmi les plus avancés en la matière, s’unissent afin de fixer un prix unique du carbone et d’imposer à leurs frontières une taxe aux pays extérieurs qui se dédouanent de cette contrainte.
La crise climatique actuelle pourrait détruire notre planète si rien n’est fait pour restaurer le sens de la solidarité et de la responsabilité internationales dans notre monde complexe. Mais les personnes et les Etats engagés dans des efforts de décarbonation supportent des sacrifices, alors que les bénéfices de ces efforts reviennent à l’humanité tout entière. La tentation est alors grande pour chaque pays de profiter des sacrifices des autres sans en faire lui-même. C’est la stratégie climatique trumpienne, qui témoigne d’une prédation désinhibée, sans considération des conséquences planétaires. Sur l’environnement, il s’agit d’une désertion pure et simple face à la guerre mondiale pour le climat. La sortie des Américains de l’accord de Paris est un puissant aiguillon pour insuffler le doute sur notre ambition climatique, singulièrement au Canada et en Europe. Ne pas réagir ou nous aligner sur les Américains nous condamnerait, nous comme le reste du monde.
Les économistes s’accordent à dire que l’outil le plus efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre est un prix, une taxe ou un prélèvement significatif sur les émissions de carbone. En remédiant à une défaillance du marché bien connue, une taxe sur le carbone envoie un signal de prix puissant qui peut orienter les agents économiques – consommateurs, producteurs et investisseurs – vers un avenir à faible émission de carbone grâce à l’innovation technologique, à la sobriété énergétique et au développement d’infrastructures vertes. Mais si tout le monde cherche à ignorer les coûts de la transition, ils retombent inéluctablement sur les citoyens. "Nous savons tous ce qu’il faut faire, mais nous ne savons pas comment nous faire réélire une fois que nous l’aurons fait", a ainsi pu résumer Jean-Claude Juncker, ancien président de la Commission européenne.
Eliminer les "fuites de carbone"
L’Union européenne (UE) et le Canada partagent un engagement fort en faveur de la réduction des émissions de CO2. Dans le chaos géopolitique actuel, une coalition climatique de ces deux puissances économiques rendrait leurs politiques climatiques plus crédibles, plus efficaces et plus robustes face aux attaques des gouvernements qui refusent de respecter le climat. La mise en commun de leurs marchés de permis d’émission et l’extension de leur couverture à toutes les émissions de CO2 leur permettraient d’atteindre leur objectif climatique à moindre coût. Pour favoriser l’acceptation sociale, la tarification du carbone devrait être sans incidence sur la pression fiscale : si toutes les recettes générées par cette taxe étaient redistribuées aux citoyens, cela contribuerait de manière significative à la protection des catégories à faibles revenus, tout en maintenant les incitations à la sobriété et à la décarbonation.
L’absence d’un mécanisme sérieux de tarification du carbone aux Etats-Unis leur confère un avantage extraordinaire. Cela contribuera au transfert de la production, de l’emploi et de la création de fausses richesses vers les Etats-Unis, dans un jeu à somme nulle du point de vue économique, et à somme négative du point de vue social et climatique. Le Canada et l’UE ne devraient pas accepter que les Etats-Unis profitent indûment de leurs propres sacrifices pour l’humanité. Les économistes recommandent la mise en œuvre d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) afin d’éliminer ces "fuites de carbone" et de rétablir des conditions de concurrence équitables pour tous dans le commerce international. Ce prélèvement frontalier sur le carbone devrait être égal à la différence entre le prix du carbone en vigueur dans la coalition et le prix du carbone aux Etats-Unis, s’il existe, avec des droits différents selon l’impact en la matière des produits, biens et services.
L’Union européenne (UE) et le Canada partagent un engagement fort en faveur de la réduction des émissions de CO2. Dans le chaos géopolitique actuel, une coalition climatique de ces deux puissances économiques rendrait leurs politiques climatiques plus crédibles, plus efficaces et plus robustes face aux attaques des gouvernements qui refusent de respecter le climat. La mise en commun de leurs marchés de permis d’émission et l’extension de leur couverture à toutes les émissions de CO2 leur permettraient d’atteindre leur objectif climatique à moindre coût. Pour favoriser l’acceptation sociale, la tarification du carbone devrait être sans incidence sur la pression fiscale : si toutes les recettes générées par cette taxe étaient redistribuées aux citoyens, cela contribuerait de manière significative à la protection des catégories à faibles revenus, tout en maintenant les incitations à la sobriété et à la décarbonation.
L’absence d’un mécanisme sérieux de tarification du carbone aux Etats-Unis leur confère un avantage extraordinaire. Cela contribuera au transfert de la production, de l’emploi et de la création de fausses richesses vers les Etats-Unis, dans un jeu à somme nulle du point de vue économique, et à somme négative du point de vue social et climatique. Le Canada et l’UE ne devraient pas accepter que les Etats-Unis profitent indûment de leurs propres sacrifices pour l’humanité. Les économistes recommandent la mise en œuvre d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) afin d’éliminer ces "fuites de carbone" et de rétablir des conditions de concurrence équitables pour tous dans le commerce international. Ce prélèvement frontalier sur le carbone devrait être égal à la différence entre le prix du carbone en vigueur dans la coalition et le prix du carbone aux Etats-Unis, s’il existe, avec des droits différents selon l’impact en la matière des produits, biens et services. Cette coalition, comprenant initialement l’Union européenne et le Canada, devrait établir à terme un prix unique du carbone et un MACF, offrant la même incitation à la décarbonation à la fois pour la coalition et pour ses partenaires commerciaux. Le MACF incite aussi les partenaires commerciaux de la coalition à instaurer leur propre tarification du carbone. En effet, cela réduirait le prix du carbone que leurs exportateurs auraient à payer aux frontières de la coalition. La Chine, l’Inde et plusieurs pays en développement pourraient ainsi trouver intérêt à intégrer cette coalition, en particulier si on les autorise à établir un prix du carbone temporairement plus faible dans leur juridiction. Cela sauvera l’accord de Paris d’une désintégration complète et mettra les Etats-Unis seuls face à leur responsabilité.
Article paru dans Le Monde, le 12 avril 2025
Illustration: Photo de Anne Nygård sur Unsplash





