TSE MAG 25 - Le mythe de la neutralité de genre

21 Octobre 2023 Emploi

Cet article a été publié dans le magazine de vulgarisation scientifique de TSE, TSE Mag. Il fait partie du numéro paru à l’automne 2023, dédié au "Monde du Travail". Découvrez le PDF complet ici et écrivez-nous pour recevoir une copie imprimée ou nous partager vos impressions, à cette adresse mail.

Les écarts entre les hommes et les femmes sur le marché du travail peuvent encore s'accentuer à l'approche de la retraite. Helmuth Cremer et Jean-Marie Lozachmeur, chercheurs à TSE, et leur co6autrice Francesca Barigozzi, expliquent pourquoi il ne faut pas négliger les inégalités qui touchent les hommes et les femmes au moment de la retraite.

LES RETRAITES DEVRAIENT-ELLES REDISTRIBUER LA RICHESSE ENTRE LES FEMMES ET LES HOMMES?

Dans la plupart des systèmes de retraites, notamment en France, les allocations sont basées sur les contributions retraites qui sont ensuite transformées en revenus. Les femmes vivent en moyenne plus longtemps que les hommes, pourtant, elles ont tendance à avoir des revenus plus faibles et des carrières plus courtes du fait de la maternité, elles reçoivent donc souvent une retraite plus modeste.

Ces écarts de longévité et de salaire diminuent, mais tant qu'ils subsistent, une certaine redistribution entre les hommes et les femmes est justifiée. Il serait nécessaire de mettre en place des règles de prestations de retraite spécifiques à chaque genre. Or, la législation européenne l'interdit. Notre étude met en évidence les conséquences négatives de cette règle de neutralité.

Nos résultats montrent que la neutralité de genre est injuste. Elle est extrêmement avantageuse pour les hommes célibataires (qui devraient cotiser plus qu'ils ne le font), au détriment des femmes célibataires et des couples (qui devraient cotiser moins qu'elles ne le font). Les conjoints masculins sont également moins bien lotis, étant donné que les couples mettent généralement leurs ressources en commun et que les femmes vivent plus longtemps.

LE TRAVAIL NON RÉMUNÉRÉ DOIT-IL ÊTRE PRIS EN COMPTE DANS LE CALCUL DES PENSIONS?

La garde des enfants et les travaux ménagers ne sont pas explicitement pris en compte dans notre modèle. S'il serait juste d'accorder aux femmes un crédit pour ce travail non rémunéré, cela pourrait les inciter à prendre davantage de congés, ce qui serait néfaste pour leur carrière. Concevoir une compensation explicite pour le travail domestique non rémunéré des femmes reviendrait à affirmer que les tâches ménagères et l'éducation des enfants sont des responsabilités féminines. Au contraire, toutes les tâches familiales devraient être partagées de manière égale.

POUR ALLER PLUS LOIN

Francesca Barigozzi, Helmuth Cremer, and Jean-Marie Lozachmeur, “Gender wage and longevity gaps and the design of retirement systems”, Journal of Economic Behavior and Organization, vol. 209, 2023, pp. 263–287.