Pau JUAN BARTOLI soutiendra publiquement ses travaux de thèse en sciences économiques Vendredi 29 Mai 2026 à 15h00 (Online et Auditorium 5)
Titre: Essays on Behavioral and Experimental Economics
Directrice de thèse : Professeur Ingela ALGER
Pour assister à la soutenance, merci de contacter le secrétariat de l'école doctorale
Membres du jury sont :
- Ingela ALGER : Directrice de Recherche, CRNS/TSE-R Directrice de thèse
- Sébastien POUGET : Professeur d'Economie, Université Toulouse Capitole Examinateur
- Zwetelina ILIEWA : Professeure d'Economie, University of Bonn Examinatrice
- Boris VAN LEEUWEN : Professeur Associé d'Economie , Tilburg University Rapporteur
- Jiao PEIRAN : Professeur Associé d'Economie, Maastricht University Rapporteur
Résumé :
Cette thèse examine la manière dont les préférences morales façonnent la prise de décision économique et financière. Plus précisément, j’étudie comment les préférences morales influencent les décisions d’investissement, comment les individus déterminent ce qui est socialement approprié, ainsi que la manière dont ils choisissent leurs stratégies dans les jeux de négociation. Sur le plan méthodologique, je combine théorie et méthodes expérimentales, en mobilisant à la fois des analyses en forme réduite et des estimations structurelles. La thèse se compose de trois articles, chacun correspondant à un chapitre, et s’articule iv autour de deux grandes questions. Premièrement, comment les préférences morales façonnent-elles la prise de décision économique et financière ? Deuxièmement, comment les jugements moraux se forment-ils et comment interagissent-ils avec les préférences sociales pour influencer les décisions ?
Le chapitre 1 étudie comment les préférences morales façonnent les décisions d’investissement des individus. Je mène une expérience auprès d’investisseurs américains afin d’estimer leur disposition à payer pour investir dans des entreprises qui ne diffèrent que par leur impact environnemental. Le protocole expérimental fait varier (i) le caractère décisif de la participation des sujets dans la modification des externalités de l’entreprise et (ii) le niveau initial des externalités de l’entreprise. Ces variations me permettent de distinguer les préférences pour l’impact de l’investissement des préférences pour investir dans des entreprises dont les activités sont en accord avec les valeurs des investisseurs. Elles permettent également d’examiner si les participants attachent une valeur au niveau actuel des externalités de l’entreprise indépendamment de l’impact de leur investissement. Mon principal résultat est que, pour des investissements générant le même impact positif, les participants préfèrent ceux qui aident les entreprises à passer d’externalités négatives à des externalités positives. Les estimations structurelles indiquent que ce comportement s’explique par deux mécanismes : une asymétrie dans la manière dont les participants valorisent les externalités positives par rapport aux externalités négatives, et une sensibilité décroissante à l’ampleur des externalités. Contrairement aux résultats antérieurs, je montre que les participants sont principalement motivés par des préférences d’impact plutôt que par un souci d’aligner leurs investissements avec leurs valeurs.
Le chapitre 2, réalisé en collaboration avec José Ignacio Rivero-Wildemauwe, étudie le rejet d’offres positives dans le jeu de l’ultimatum. Nous montrons qu’un modèle combinant préférences sociales et préoccupations morales fournit une explication unifiée de ces rejets tout en rendant compte d’éléments empiriques supplémentaires. Plus précisément, nous montrons que, sous les préférences considérées, un degré positif de malveillance constitue une condition nécessaire et suffisante pour rejeter des offres positives. Cela indique que les préférences sociales, plutôt que les préoccupations morales, sont à l’origine du comportement de rejet. Cela n’implique toutefois pas que les préoccupations morales v soient sans importance. Nous montrons que les seuils de rejet augmentent avec l’intensité des préoccupations morales des individus, ce qui suggère que la morale agit comme un amplificateur des préférences sociales. À partir des données de van Leeuwen and Alger (2024), nous estimons les préférences sociales et les préoccupations morales des individus au moyen d’une approche par mélanges finis. Conformément aux résultats antérieurs, nous identifions deux types d’individus qui rejettent des offres positives dans le jeu de l’ultimatum, mais qui diffèrent dans leur comportement dans le jeu du dictateur.
Le chapitre 3 propose un cadre dans lequel les classements de convenance sociale, ou normes injonctives, émergent de manière endogène à partir du raisonnement par universalisation, c’est-à-dire de la tendance à évaluer une action selon le gain qu’elle produirait si chacun la choisissait. Cette démarche est motivée par le fait que des travaux récents montrent que les décisions des individus sont façonnées par leurs perceptions de ce qui constitue un comportement socialement approprié. Pourtant, ces travaux mesurent de telles perceptions sans développer de théorie expliquant comment les individus déterminent ce qui est socialement approprié. Ce chapitre comble cette lacune en proposant un cadre qui permet de calculer le caractère socialement approprié de toute action sans s’appuyer sur les croyances, les préférences ou les choix des individus. Je teste les prédictions de cette théorie à l’aide de résultats existants et de nouvelles données issues d’une expérience en laboratoire. Le cadre de base rend bien compte de plusieurs contextes, mais échoue lorsque les individus jugent favorablement des actions qui bénéficient à autrui tout en réduisant l’efficacité sociale. Je propose un cadre étendu, intégrant les préférences sociales, qui rend compte de ces écarts et offre une approche tractable pour l’analyse de l’hétérogénéité des normes.



