La culpabilité nous incite-t-elle à être plus généreux ?

Aider les autres, partager, faire des dons, coopérer... Les comportements prosociaux sont essentiels dans notre société. Et pourtant, on peut se demander ce qui nous pousse à être généreux les uns envers les autres. Notre générosité est-elle davantage guidée par la culpabilité et le désir de nous considérer comme de bonnes personnes ? Ou est-elle induite par la honte et le besoin d'être perçus comme bons par les autres ?

Dans ses dernières recherches, Catherine Molho, professeure assistante à la TSE, aborde cette question. Catherine est psychologue et étudie la coopération humaine, les normes sociales et le rôle des émotions dans la prise de décision.

Son étude, publiée en août dans Nature Human Behavior, s'appuie sur une expérience à grande échelle menée dans 20 pays culturellement diversifiés sur cinq continents, avec près de 8 000 participants.

L'impact puissant de la transparence

Avec ses coauteurs, elle a découvert que la culpabilité était le facteur le plus puissant de prosocialité. Ces résultats font écho à des dilemmes du monde réel, où les gens peuvent facilement éviter de connaître les externalités négatives de leurs actions lorsqu'ils prennent une décision. Ils peuvent utiliser l'ignorance comme excuse pour adopter un comportement égoïste, même lorsque l'information est facilement accessible. Mais lorsqu'ils sont clairement informés, ils se comportent de manière plus prosociale.

« Nos résultats suggèrent que les interventions politiques qui mettent l'accent sur la transparence peuvent avoir un impact puissant. Qu'il s'agisse d'alimentation, de mode ou de voyages, rendre les coûts sociaux et environnementaux de nos choix plus transparents pourrait contribuer à orienter les comportements vers le bien commun », explique Catherine.


Plus d'informations sur l'expérience :

Les participants ont fait des choix économiques simples qui ont eu une incidence à la fois sur leurs propres revenus et sur ceux d'inconnus anonymes. Ils pouvaient choisir une option égoïste (la meilleure pour eux, la pire pour l'inconnu) ou une option prosociale (également bonne pour les deux, mais légèrement plus coûteuse pour eux-mêmes).

Nous avons ensuite introduit deux rebondissements clés. Premièrement, dans certains cas, les participants pouvaient choisir d'éviter d'apprendre comment leurs décisions affecteraient les autres, et ainsi d'éviter la culpabilité de nuire sciemment à quelqu'un. Deuxièmement, nous avons parfois rendu les décisions publiques, introduisant ainsi la possibilité de la honte.

Lorsque les participants étaient pleinement informés, ils choisissaient l'option prosociale dans 60 % des cas. Mais lorsqu'ils pouvaient choisir de ne pas connaître les conséquences de leurs actions, ce pourcentage tombait à seulement 41 %, même si l'obtention de ces informations était gratuite.

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Catherine est professeure assistante au département des sciences sociales et comportementales de la Toulouse School of Economics et à l'Institut d'études avancées de Toulouse. Ses recherches portent sur des questions clés relatives à la coopération et à la prise de décision morale.

Cette année, elle a reçu la bourse Jeunes Chercheuses et Jeunes Chercheurs de l'Agence nationale française pour son projet « ENFORCE », qui vise à comprendre ce qui motive les décisions coopératives et punitives.

Catherine est disponible pour des interviews par téléphone ou Zoom en anglais. Si vous êtes intéressé·e, veuillez contacter Caroline Pain, attachée de presse de  TSE. caroline.pain@tse-fr.eu


Cette actualité fait partie de notre série « Recherche à la Une ». Chaque fois qu'un ou une chercheuse de TSE publie une étude digne d'intérêt, nous vous en informons, vous, les journalistes, et vous offrons la possibilité d'interviewer l'auteur·ice.