Calme sombre dans la production d’électricité

3 Mars 2025 Energie

Publié dans La Tribune, le 28 février 2025

Un jour sans soleil et/ou sans vent n’a rien d’exceptionnel et n’a donc aucune raison de faire la une des journaux. Mais avec l’introduction dans les systèmes électriques d’un nombre croissant d’unités de production utilisant les énergies éolienne et solaire, les choses sont en train de changer. Elles changent suffisamment pour que l’Agence Internationale de l’Energie consacre plusieurs pages de son rapport Electricity 2025 à ce phénomène. 

La menace des jours de calme sombre 

L’abandon des énergies fossiles pour produire de l’électricité s’accompagne d’investissements massifs en fermes éoliennes et solaires. Ce faisant, nous (re)devenons dépendants des lois de la nature : alternance jour-nuit, cycle des saisons, déplacements des masses d’air et des nuages. Cette perte de contrôle de la production d’électricité est plus sévère dans les pays qui ne disposent pas de l’énergie décarbonée des centrales nucléaires. C’est le cas de l’Allemagne qui a arrêté ses dernières unités nucléaires le 15 avril 2023. Il n’est donc pas étonnant que ce soit le mot allemand Dunkelflaute qui s’applique aux conditions météorologiques défavorables réduisant, voire annulant, l’électricité produite à partir des renouvelables. En français, on parle de « calme sombre » (rien à voir avec le profond chagrin de Victor Hugo dans Les Contemplations, 1856). 

On peut repérer ces épisodes de deux façons : à l’échelle locale, en consultant les données météorologiques et, à l’échelle régionale ou nationale, en repérant de fortes hausses de prix sur les marchés de gros de l’électricité. En effet, sur ces marchés, les unités de production sont classées par ordre de coût d’exploitation croissant (on parle d’ordre de mérite ou d’ordre de préséance). Donc, si la production des renouvelables vient à manquer, le logiciel qui règle l’équilibre offre-demande va automatiquement appeler des centrales dont la production est pilotable mais plus mal classées dans l’ordre de mérite parce que leur exploitation est plus coûteuse. Il s’agit souvent de centrales au gaz naturel dont on sait que le prix est fortement affecté par l’instabilité politique en Europe de l’Est. Il y a toujours eu des épisodes de calme sombre mais leur impact est d’autant plus ressenti en Europe qu’ils ont lieu en hiver et que leur fréquence et leur durée sont difficilement prévisibles. Le rapport de l’AIE évoque les cas de l’Allemagne début novembre et mi-décembre 2024 (multiplication par 10 du prix du mégawattheure), et du Royaume Uni début janvier 2025...

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Illustration : Photo de david ouma sur Unsplash