Article publié dans Les Echos, le 23 décembre 2020
Comment doser les mesures sanitaires, trouver le juste compromis entre la préservation de la santé de la population et de notre économie ? Ainsi posé, ce problème a conduit les économistes à comparer le coût du confinement aux valeurs des vies sauvées. Pour résoudre ce type de dilemme, ils disposent d'un outil, la « valeur statistique de la vie humaine », consistant à estimer l'effort qu'une société est prête à engager en moyenne pour sauver une vie. Son ordre de grandeur est proche de 100 fois la richesse annuelle produite par habitant, soit près de 3 millions d'euros en France.
D'après les très nombreux travaux publiés durant l'été, la conclusion était alors sans appel : il fallait confiner fortement pour sauver un grand nombre de vies, quitte à engendrer une récession. Première critique adressée à cette analyse : la récession elle-même augmenterait la mortalité - du fait notamment d'une hausse des suicides de gens poussés au désespoir par la crise. En fait, une récession conduit généralement à une baisse significative de la mortalité, et ce, malgré l'effet mentionné précédemment. S'il y a bien une corrélation positive sur le long terme entre croissance économique et espérance de vie, l'effet des mouvements conjoncturels joue plutôt en sens inverse. Comme l'a montré l'économiste Christopher J. Ruhm, en période de reprise de l'activité, les comportements à risque augmentent, que ce soit la conduite automobile, le tabagisme ou les déséquilibres alimentaires susceptibles de conduire à l'obésité. L'activité sportive est à l'inverse réduite. Tout se passe comme si un boom économique engendrait un stress sur la population, au détriment de sa santé. A contrario, il faut donc s'attendre à ce que l'effondrement actuel des économies, causé par le Covid, permette de sauver des vies !
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Illustration : Photo by Gary Butterfield on Unsplash




