La publication en 1972 du rapport dit du Club de Rome, “Halte à la croissance », a marqué le début de la prise de conscience du grand public vis-à-vis des questions de développement durable et des périls associés à notre mode de croissance économique.
Depuis cette date, citoyens comme décideurs politiques ont du faire face à une multitude de problèmes environnementaux : déchets nucléaires, organismes génétiquement modifiés, changement climatique, pertes de biodiversité, déforestation, pollutions de l’air et de l’eau… Ce débat a culminé récemment à l’occasion de la publication de trois rapports. Le premier, le Consensus de Copenhague (Lomborg – 2004), appelait à donner la priorité aux programmes gouvernementaux produisant des bénéfices immédiats (lutte contre la malaria, le SIDA, amélioration des approvisionnements en eau, …) plutôt qu’à des investissements trop importants dans la prévention du réchauffement climatique. Mais depuis, tant le rapport Stern (Stern - 2007) que le quatrième rapport de la GIEC (GIEC – 2008) ont au contraire souligné la nécessité d’agir vite et avec force contre le réchauffement climatique. L’absence de consensus entre experts sur la question du changement climatique se retrouve dans le débat public et l’agenda de politique internationale, notamment avec le succès limité du protocole de Kyoto.
Un autre aspect saillant du débat récent sur le changement climatique est le déplacement des défis scientifiques les plus brulants des sciences naturelles (climatologie, océanographie, chimie, biologie …) vers les sciences de l’homme et de la société (SHS). Mais la communauté des sciences humaines et sociales reste encore divisée tant sur la manière d’approcher les défis environnementaux à long terme que sur celle de prendre en compte les enseignements des sciences de la nature.
Les difficultés de mise en oeuvre d’une politique environnementale efficace face au défi climatique peuvent s’expliquer par plusieurs raisons. Tout d’abord, l’incertitude scientifique subsiste quant à l’intensité et à l’impact des risques climatiques à long terme (mis en évidence par les sciences de la nature) sur le bien-être des générations futures. Les croyances concernant les conséquences plus ou moins catastrophiques du changement climatique comme les préférences face à différentes options de politique environnementale varient également beaucoup d’un individu à un autre ou d’une société à une autre. Quelles mesures de bien-être autre que celle du PIB marchand pourraient être développées puis adoptées pour capturer l’effet sur la société des impacts environnementaux?
En raison de l’ampleur de ces incertitudes, des désaccords subsistent aussi sur l’intérêt d’attendre ou pas de disposer d’une meilleure information sur le climat futur avant de mettre en place des actions fortes et coûteuses. Comment et dans quels domaines le principe de précaution doit-il être appliqué sans conduire pour autant à bloquer des évolutions souhaitables au plan économique ou social ? L’importance des efforts à consentir aujourd’hui pour améliorer l’environnement des générations futures est un autre sujet de division. Répondre à ces questions suppose de mobiliser les apports de recherches de pointe tant dans les domaines des sciences humaines et sociales que dans ceux des sciences naturelles.
L’objectif de cette conférence est de discuter d’un cadre d’analyse unifié et interdisciplinaire pour relever les défis collectifs posés par le changement climatique et d’avancer des recommandations quant aux politiques à mettre en place. La conférence abordera différents concepts généraux tels que « le développement durable », « la responsabilité sociale des entreprises » ou encore le « principe de précaution », concepts qui n’ont pas forcément la même signification dans les différentes sciences de l’homme et de la société.
La présidence française de l’Union Européenne est l’occasion d’organiser une conférence internationale sur le thème sociétés et climat, donnant toute leur place aux sciences humaines et sociales dans le débat public et scientifique. Les plus grands scientifiques des sciences humaines et sociales seront présents, ainsi que des institutionnels, des professionnels et les médias. Les principaux objectifs de la conférence seront de :
Les débats se dérouleront lors de tables rondes générales et de sessions parallèles dédiées à des thèmes plus spécifiques.
Table ronde 1 : Développement durable
Le concept de développement durable est au coeur du débat public sur les politiques environnementales et soulève des interrogations quant à sa signification précise. Quels sacrifices devrait-on consentir aujourd’hui pour améliorer le bien-être des générations futures ou pour garantir l’égalité des chances de se réaliser et d’être heureux aujourd’hui comme demain ? Quelles sont les stratégies les plus efficaces pour favoriser le développement durable ? Devrions-nous réformer la façon dont nos sociétés sont organisées pour y parvenir ? Dans quelle mesure notre perception incertaine des sociétés humaines dans un futur lointain devrait-elle impacter nos choix actuels de politique environnementale ?
Table ronde 2 : Incertitude, connaissance et perceptions
Modifier le comportement humain est devenu une question contemporaine critique. Un effort scientifique à la hauteur de cet enjeu est nécessaire pour aborder en connaissance de cause de tels changements. Par exemple, quels changements de comportement peut-on attendre des consommateurs selon leur degré d’appréhension des incertitudes concernant le futur et leurs connaissances limitées ?
Les outils incitatifs à disposition des décideurs sont variés et l’approche politique ne favorise pas les mêmes choses selon les sociétés, qu’il s’agisse d’incitations monétaires ou de programmes éducatifs, en passant par des actions de sensibilisation du public ou d’appel à des valeurs morales. De leur côté, les théories de la connaissance et de l’apprentissage social mettent davantage l’accent sur les processus participatifs et la maîtrise des problèmes de communication des défis sociaux liés au changement environnemental. Par ailleurs, l’existence (ou l’inexistence) de systèmes d’assurances, de législations ou de conventions sont autant de dispositifs institutionnels qui ont un impact important sur le comportement humain et social. Etre en mesure de simuler par avance des situations d’interaction sociale et d’en prédire le résultat peut s’avérer ainsi plus important que de fournir simplement aux individus l’occasion de s’engager activement dans la construction de leur futur au travers d’incitations individuelles.
Table ronde 3 : Evaluation des impacts environnementaux
Les méthodes modernes d’évaluation d’un projet environnemental mobilisent de plus en plus l’analyse coûts/bénéfices au travers de laquelle la valeur présente nette des bénéfices monétaires et environnementaux futurs peut être comparée au coût actuel d’un projet. La communauté des sciences humaines et sociales s’est efforcée d’appliquer cette méthodologie aux émissions de gaz à effet de serre par exemple, suscitant ainsi de nombreux débats entre experts. Des tentatives similaires visant à évaluer les politiques de protection de la biodiversité ou la mise en place d’un moratoire sur les organismes génétiquement modifiés ont conduit à des conclusions tout aussi ambigües. Ce peut être la conséquence de méthodologies divergentes ou de traitements inégaux de certains paramètres clés dans l’exercice, comme le choix d’un taux d’actualisation des bénéfices et coûts futurs, la prise en compte de l’incertitude, ou encore de difficultés à évaluer correctement certains impacts (valeur de la vie humaine, valeur des actifs naturels).
Table ronde 4 : Gouvernance et politique du changement climatique
La question du changement climatique est un défi global qui appelle une stratégie globale. Cependant, le dilemme classique du passager clandestin se pose ici plus que jamais: chacun a intérêt a se reposer sur les efforts des autres pour réduire la charge de son effort propre. La gouvernance des questions climatiques est donc cruciale et soulève des questions à la fois éthiques et sociopolitiques. Elles sont rendues d’autant plus complexes que le changement climatique engendre à la fois des gagnants et des perdants selon les régions du globe, que les impacts dans un futur lointain comme la rapidité et l’orientation du progrès technique vers des technologies vertes reste incertain, et qu’il subsiste de multiples désaccords entre les gouvernements à propos de l’efficacité relative des instruments fiscaux ou des marchés de quotas d’émission de gaz à effets de serre.
Table ronde 5 : Implications pour la politique européenne
Lors de cette table ronde de clôture, les décideurs politiques européens apporteront leur point de vue sur la gouvernance politique du changement climatique au niveau national et européen.